Les scientifiques découvrent une raison effrayante supplémentaire de redouter l’impact de la pollution sur notre santé

Une étude publiée dans le magazine The Lancet Planetary Health a mis en évidence le lien possible entre la pollution de l’air et l’apparition du diabète de type 2.

Atlantico : Une grande étude publiée dans le magazine The Lancet Planetary Health sur le diabète et menée auprès d’un échantillon de 1,7 millions d’américains sur une durée moyenne de 8,5 ans a mis en évidence le lien possible entre la pollution de l’air et l’apparition du diabète de type 2. Selon l’étude et les données récoltées auprès de l’EPA et de la NASA, rien qu’en 2016, la pollution de l’air serait responsable de l’apparition de 14 % des cas de diabète. Comment expliquer cette corrélation entre cette maladie et la pollution de l’air ?

Stéphane Gayet : La pollution de l’air est une nébuleuse complexe.La pollution atmosphérique est la présence dans l’air extérieur d’un mélange de gaz nocifs, de particules délétères (nuisibles à la santé) et de brouillards (phase liquide) également néfastes. Les particules (phases solide et liquide) se trouvent en suspension plus ou moins durable et finissent par sédimenter. Les gaz polluants sont nombreux : les plus nocifs sont le monoxyde de carbone (CO), l’ozone (O3), le dioxyde d’azote (NO2) et le dioxyde de soufre (SO2).

Les particules sont des éléments microscopiques, ayant un diamètre de l’ordre du micromètre (ou micron : un millième de millimètre), solides ou liquides, en suspension dans l’air.

On les désigne en anglais par l’expression particulate matter (PM : matières particulaires). On distingue trois tailles de PM : les PM1, particules ultrafines(diamètre moyen ou DM inférieur ou égal au micron) ; les PM2,5, particules fines (DM inférieur ou égal à 2,5 microns) ; les PM10, également appelées particules fines (DM inférieur ou égal à 10 microns).

La durée de persistance dans l’air de ces particules varie de quelques jours pour les PM10 et les PM2,5, à quelques semaines

pour les PM1. Cette pollution de l’air a des effets néfastes sur la santé même à des concentrations assez faibles. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) considère qu’elle est en cause dans au moins deux millions de décès prématurés par an dans le Monde. Cette pollution, d’une part favorise la survenue de certaines maladies, d’autre part aggrave des maladies en cours. Lors des pics de pollution, il survient une augmentation significative du nombre d’hospitalisations pour affection cardiaque ou pulmonaire. Mais on a aussi montré une répercussion sur la grossesse avec un risque plus élevé de faible poids.

Concernant le rôle de la pollution de l’air sur l’apparition du diabète de type 2, il a longtemps été essentiellement question d’effets délétères de la pollution de l’air sur l’appareil respiratoire, sur l’appareil cardio-vasculaire et sur la grossesse.

Mais comment expliquer son impact sur le diabète de type 2 ? Les polluants en cause semblent être le dioxyde d’azote (NO2), les particules fines PM2,5 et probablement aussi l’ozone (O3).

Ces trois types de polluant agissent bien sûr différemment, mais, s’agissant d’une pollution aérienne, la porte d’entrée des différents éléments (délétères ou non) est de toute façon constituée par les poumons. Certes, les cellules des alvéoles pulmonaires (les pneumocytes) et la membrane alvéolo-capillaire exercent un rôle filtrant sur les éléments indésirables qui parviennent jusqu’aux alvéoles, mais cette filtration est souvent dépassée.

L’agression alvéolaire exercée par ces polluants conduirait à la production de dérivés réactifs toxiques, libérés ensuite dans la circulation sanguine systémique (générale).

Ces dérivés réactifs toxiques (radicaux libres…) diffuseraient dans le corps entier et se comporteraient comme des médiateurs chimiques à l’origine de ce qu’il est convenu d’appeler un « stress cellulaire oxydant ».

Il en résulterait une inflammation des tissus les plus sensibles. L’atteinte des muscles dits squelettiques (muscles rouges striés : les muscles de notre tronc et de nos membres) serait à l’origine d’une diminution de l’entrée du glucose dans leurs cellules (phénomène dit « d’insulinorésistance »).

Or, le muscle squelettique est le principal tissu utilisant le glucose en réponse à l’insuline : on considère que l’apparition d’une insulinorésistance musculaire est un facteur clef dans le processus pathologique conduisant au développement du diabète de type 2.

Force est d’admettre que cette expression de « stress cellulaire oxydant » est une sorte de bouteille à l’encre : ce processus ubiquitaire, permanent et insidieux est évoqué pour expliquer beaucoup de troubles biologiques.

Il semble bien être un phénomène biologique de société, rançon de notre développement industriel. Nous n’en avons pas fini avec lui, en attendant de mettre en lumière un autre processus cellulaire pathologique.

 

Source : va.newsrepublic.net

Crédit photo : capture d’écran